Entretien avec Laura Cahen

Fréquence 8 • 6 avril 2017
Laura Cahen Samedi en 8 Nancy © Frédéric Arnould

Mélancolique enflammée, gracieuse survoltée, ancrée déracinée, Laura Cahen, virtuose des contrastes, nous offre, avec « Nord » (sorti le 24 février dernier), la plus déglinguée des boussoles. Rencontre avant son passage à Poirel, le 29 avril.

 

« Grandiose », « épique »… Ces adjectifs reviennent régulièrement pour qualifier ton nouvel album, « Nord ». C’était l’effet voulu ?

En enregistrant ce disque, Samy Osta (le réalisateur) et moi voulions un mélange entre intime et envolé. Nous cherchions les échappées, le lyrisme et l’intemporalité. Nous avons joué avec les matières : pas de machine, du « vivant », du bois et du mouvement. On voulait cette voix un peu lointaine et omniprésente, très réverbérée par moment, un peu mystique ou fantomatique. En tout cas, je suis ravie qu’on utilise le mot « épique » car c’est vrai, je le vois un peu comme une épopée sauvage.

 

Pour ceux qui te découvriraient, comment définirais-tu ton univers et ta voix, si particuliers ?

Je dirais que je fais une pop atmosphérique, mélancolique, en français, avec une voix… hmm… je ne suis pas très bien placée pour parler de ma voix. En tout cas pour cet album, je me suis inspirée de Portishead, Barbara et Ennio Morricone.

 

« Nord » nous invite au voyage… Comment l’as-tu imaginé ?

C’est vrai, je l’ai pensé comme une grande marche, un périple, un mouvement vers l’avant, vers le Nord. À l’inverse de chaque chanson, pensée plutôt comme un tableau ou une image assez libre, j’avais envie, pour l’ensemble, de dérouler un fil précis. Alors je l’ai découpé en 4 chapitres correspondant à nos quatre saisons, pour ainsi séparer l’ombre de la lumière et donner une direction à cette marche : L’automne est bleu – l’hiver orange – le printemps rouge – l’été noir. Je pensais à un cycle, une ouverture et une possibilité de renouveau, quoi qu’il arrive. Le cycle de la vie peut-être.

 

Tu nous ramènes à tes racines, à l’histoire de ta famille…

Mes ancêtres, du côté maternel, se sont toujours déplacés, contraints et forcés la plupart du temps. Si on remonte assez loin, en Espagne, chassés, ils rejoignent le Maroc et l’Algérie. Puis ils doivent partir à nouveau et remontent, ville par ville, en France, vers le Nord, jusqu’à Nancy, où je suis née. Quand j’écris j’ai souvent la sensation étrange d’une empreinte ancestrale. Comme si mon corps se souvenait de ces départs.

 

Etait-il évident pour toi de te confronter à ce sujet ?

Je ne l’ai pas calculé du tout. J’ai écrit en me laissant porter par la plume et le vent, guidée par le son de chaque syllabe, de chaque mot. J’ai construit ces chansons pierre par pierre comme on construirait une maison sans faire de plan, sans avoir aucune idée de ce que ça va donner à la fin. Je laissais faire ma main, laissais parler l’instinct, évitais les barrières. Je me suis rendue compte après coup que j’étais en train de parler de « ça »… de cette migration. Manifestement un sujet d’hier et d’aujourd’hui…

 

Laura Cahen Samedi en 8 Nancy

« Je suis la fille de Zorro ! »

 

Un mot du clip de « Loin » ?

A l’occasion d’une tournée nord américaine, j’ai flashé sur les grands paysages magiques de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il y avait tout : les oiseaux, le vent, l’eau, les chevaux, la mélancolie… J’ai eu la chance de gagner un appel à projets et j’ai embarqué, quelques mois plus tard, mes amis David Squillace et Frédéric Arnould – Cetrobo – pour y réaliser ce clip « Loin« , presque seule au monde. Il s’agit d’une avancée permanente, jusqu’au vide, autant visuel qu’intérieur, aussi grand que la solitude de cette femme. Seule, décidée, acharnée, elle prend la fuite. Traversée, chevauchée, envolée, brume, chien et loup, écume, maisons isolées, une succession de tableaux. Nous avons pensé à Friedrich et son « Voyageur contemplant une mer de nuages« , à Jane Campion et « La leçon de Piano » et aux maisons, aux femmes seules de Hopper.

 

Quel est le contexte/l’environnement idéal pour écouter « Nord » ?

J’imagine un dimanche matin d’automne à l’aube et au coin du feu, dans une petite maison en bois placée au milieu du lac Baïkal (ndlr : lac du sud de la Sibérie), tempête dehors !

 

La soirée à Poirel s’annonce spéciale… Qu’en attends-tu ? Qu’en attendre nous ?

Spéciale oui… unique même ! Puisque nous serons plus de dix sur scène avec des super musiciens, des cordes, des cuivres et même des danseurs… Je ne fais pas de plan sur la comète mais je rêve d’une très très belle soirée où le temps serait suspendu. On prépare quelques petits effets « pyrotechniques » ! Le suspense est à son comble ! J’espère que vous serez là et qu’on pourra voyager, faire un bout de chemin ensemble.

 

En écoute, le clip de « Loin » :

 

Cécile

Cécile

Petit mouton made in Nancy aimant penser, questionner, boire et manger... fémininiste et optimiste, plus solidaire que solitaire.

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